Embaucher des personnes avec des handicaps, c’est bon pour les affaires.

Cet article est une traduction de l’article du New York Times « Hiring People With Disabilities Is Good Business » par Ted Kennedy Jr. et publié le 27 décembre 2018. C’est pour cela que la pluparts des liens de cet articles sont en anglais.


Microsoft, Bank of America et CVS ne sont que quelques unes des grandes entreprises qui tirent profit de leurs pratiques d’emploi proactives.

Pendant des années, les entreprises on gardé des ambitions modestes concernant l’embauche de personnes handicapées. La plupart d’entre elles pensaient que ces employés ne pouvaient pas accomplir grand chose au travail et que chercher à les engager réduirait leurs performances et leurs bénéfices.

Avec le temps, heureusement, de nombreux employeurs ont compris que ces préjugés étaient faux. De nouvelles recherches suggèrent fortement le contraire : embaucher des personnes présentant des handicaps est bon pour les affaires.

Une étude récente a montré, pour la première fois, que les entreprises qui défendaient les personnes handicapées étaient en fait plus performantes que les autres en termes de rentabilité et de rendement pour les actionnaires. Les recettes étaient 28% plus hautes, le bénéfice net 200% plus important, et les marges bénéficiaires 30% plus hautes. Les entreprises améliorant leurs pratiques internes d’inclusion des personnes avec des handicaps avaient également quatre fois plus de chance d’obtenir des rendements totaux plus élevés pour les actionnaires.

Ces résultats, présentés dans un rapport d’Accenture, en partenariat avec Disability: IN et la American Association of People with Disabilities, donnent aux entreprises une nouvelle raison d’embaucher des personnes avec des handicaps. Les résultats reposent sur une analyse du rendement financier de 140 entreprises qui ont généré un chiffre d’affaires annuel moyen de 43 milliards de dollars et qui ont participé à l’indice d’équité entre les personnes handicapées. Cet indice, le Disability Equality Index, un outil de référence annuel de l’AAPD qui évalue objectivement les politiques et pratiques en matière d’invalidité des entreprises.

Que font exactement ces entreprises exemplaires?

Eh bien, la Bank of America a réuni 300 personnes ayant des déficiences intellectuelles, afin de créer une équipe d’assistance pour gérer les services de vente et l’engagement des clients externes.

Microsoft a mis au point un programme de recrutement performant, spécialement conçu pour les personnes atteintes d’autisme. Le programme, conçu pour attirer les talents, est un cursus pratique de plusieurs jours qui permet aux candidats de rencontrer des responsables du recrutement et de se familiariser avec l’entreprise en tant qu’employeur de choix.

CVS Health a recentré ses programmes de formation pour capitaliser sur les traits que présentent souvent les personnes présentant des handicaps : créativité, capacité à résoudre les problèmes, et loyauté.

Cette nouvelle recherche identifie cinq dénominateurs communs parmi ces organisations. Premièrement, ils embauchent des personnes handicapées, et s’assurent ainsi de la représentation de cette population au travail. Deuxièmement, ils appliquent des pratiques qui encouragent et font progresser ces employés. Troisièmement, ils fournissent des outils et des technologies accessibles, associés à un programme d’ajustements officiel. Quatrièmement, ils suscitent une prise de conscience par le biais d’efforts de recrutement, de programmes d’éducation sur le handicap, et d’initiatives locales. Cinquièmement, ils créent des environnements favorisant l’autonomie grâce à des initiatives de mentorat et de coaching.

À 12 ans, j’ai perdu une jambe à cause d’un cancer des os. Depuis lors, je me suis battu en tant que citoyen, avocat et législateur pour défendre les droits civils des personnes avec des handicaps. Nous méritons tous d’être valorisés sur un pied d’égalité et de participer pleinement à notre société.

J’ai été élevé dans le mouvement des droits des personnes handicapées. Mon oncle, le président John F. Kennedy, a laissé un héritage important sur ce front. Influencé par ses expériences avec sa sœur, Rosemary, le président Kennedy a pu constater à quel point elle était traitée différemment, ignorée et exclue. Il est devenu le premier président à faire de l’égalité et de la justice sociale pour les personnes présentant des handicaps une priorité pour son administration.

La dernière loi qu’il a signée avant de mourir était la loi sur la santé mentale dans la communauté (Community Mental Health Act), qui appelait à mettre fin à l’isolement et à créer le réseau américain de centres de santé mentale communautaires. Le Congrès a depuis adopté plus de 120 lois qui étendent les droits des personnes handicapées et changent en permanence les attitudes du public.

Mais ce n’est que lorsque j’ai fréquenté l’université dans les années 1970 que j’ai mûri politiquement et vraiment réfléchi à la question des droits des personnes avec des handicaps. C’était après avoir entendu Judith Heumann, une militante qui avait contracté la polio pendant son enfance, qui lors d’un discours a qualifié le handicap d’enjeu du droit civil. Je n’avais jamais entendu cette comparaison auparavant. J’ai réalisé que des millions de personnes handicapées étaient injustement exclues de la vie quotidienne. Mme Heumann m’a inspiré à devenir moi-même un avocat.

Je me suis engagé pour cette cause à cause de personnes comme Joseph Pabin. Il avait un diplôme universitaire en informatique et une moyenne de 3,5 GPA, et un CV impressionnant qui lui décrochait facilement des entretiens d’embauche. Mais une fois qu’il se présentait, les recruteurs remarquaient son trouble de la parole et lui disaient qu’ils doutaient se sa capacité à interagir avec les clients. M. Pabin a cherché un emploi à temps plein pendant trois ans sans en trouver un, et son estime de soi a chuté. En fin de compte, il a contacté Bender Consulting Services, une agence qui recrute, évalue et embauche des personnes présentant des handicaps pour des postes au sein du secteur privé et du gouvernement. Highmark lui a offert un poste à temps plein dans les technologies de l’information. Il a prospéré au sein de la société, travaillant directement avec les clients, depuis quatre ans maintenant.

En ce début d’année, il est important de reconnaître le chemin parcouru. Il y a vingt-huit ans, le Americans With Disabilities Act était voté, interdisant la discrimination envers les personnes avec des handicaps. Je me souviens encore avoir regardé le président George H.W. Bush signer le projet de loi, l’inscrivant à jamais dans son héritage, alors que j’étais aux côtés de mon père dans Rose Garden.

Mais en matière d’emploi, pierre angulaire du rêve américain, nous n’avons pas tenu les promesses de cette loi historique. De nombreux employeurs doivent comprendre que les personnes présentant des handicaps contribuent économiquement si elles sont démarchées et accueillies selon leurs besoins. Les américains handicapés, représentant une population de 50 millions d’habitants, soit plus d’un sur cinq, doivent encore faire face à de nombreux défis sur le marché du travail.

Selon le Bureau of Labor Statistics, en juin 2018, seuls 29% des américains âgés de 16 à 64 ans ayant un handicap étaient employés, par rapport à près de 75% des non handicapés. Le taux de chômage des personnes handicapées qui recherchent activement un emploi est de 9,2%, soit plus du double de celui des personnes non handicapées (4,2%).

Le marché du travail des États-Unis est à son plus haut depuis des décennies, et peut-être depuis toujours. Cependant trop de personnes handicapées restent sans emploi. L’analyse d’Accenture révèle cette statistique inspirante: l’embauche de seulement 1% des 10,7 millions de personnes handicapées a le potentiel d’augmenter le PIB d’environ 25 milliards de dollars.

Une fois que les entreprises auront conscience de ces avantages économiques potentiels, elles devraient vouloir ouvrir le marché du travail aux personnes avec des handicaps, afin de prospérer plus que jamais. Leur recrutement donne également de nouvelles perspectives sur le développement et la commercialisation de produits et services pour les consommateurs handicapés. C’est le troisième segment le plus important du marché aux États-Unis, selon l‘Office of Disability Employment Policy. Pour commencer sur ce chemin, les entreprises devraient participer au Disability Equality Index.

Comme résolution du Nouvel An pour les entreprises américaines, il n’y a pas mieux que d’embaucher des personnes avec des handicaps. Oui, nous pouvons le faire, parce que cela fait toujours du bien de faire ce qui est juste. Mais à présent, nous devons surtout franchir cette nouvelle frontière en matière de responsabilité sociale des entreprises, car c’est également une bonne affaire.


Ted Kennedy Jr., sénateur démocrate du Connecticut, est un avocat spécialiste des soins de santé, un défenseur des droits civils des personnes handicapées et président de l’American Association of People with Disabilities.

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